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jeudi

Cinq siècles d'histoire du vignoble Alsacien



Lorsqu'on visite les villages viticoles alsaciens, on est impressionné par l'importance et la richesse des villes et des maisons au 15e et surtout au 16e siècle par les viticulteurs, à leur usage propre, avec les revenus provenant exclusivement de la commercialisation de leurs vins. Les viticulteurs alsaciens étaient dynamiques et très riches à l'époque.
L'origine et les raisons de cette aisance remarquable est intéressante à étudier :
Pour réussir, le viticulteur devait produire des vins qui, du fait de leur composition et structure naturelle, se conservaient bien et pouvaient donc se transporter sur de grandes distances. ils devaient être exportables, sans danger d'altération à une époque où la vinification était encore un mystère et non une science.

Le vignoble devait, en outre, être situé près d'une voie navigable coulant vers des régions à population riche qui recherchaient de bons vins et n'en produisaient pas. L'Alsace était, à cette époque, le vignoble le plus au sud (ayant donc le meilleur climat) près de voies navigables (le Rhin) coulant vers le Nord. La Méditerranée, contrôlée par les Arables, avait perdu toute importance du point de vue du commerce viticole.

Le commerce d'Europe du Nord, de la Baltique, la Suède et la Russie était, en grande partie, contrôlé par les villes de la Hanse et les Hollandais. Le commerce du vin sur le Rhin - le plus grand axe économique Européen qui, par chance, passait par l'Alsace - était, du 11e au 16e siècle, le quasi monopole de deux villes : Strasbourg et Cologne.

Ceci explique les chiffres remarquables d'exportation des vins d'Alsace. P. ex. : en 1481, plus de 600 000 hl. Rien que Colmar : 110 000 hl en 1393 et 100 000 hl en 1452. Nos vins, bien sûr, remontaient également le Rhin vers la Suisse.

Ces chiffres surprenants sont connus en partie pour Strasbourg. Cette ville impériale, indépendante, avait le monopole du transport (donc du commerce du vin) entre Bâle et Mayence, réalisé par l'habile corporation des Bateliers, et la ville comptabilisait, pour des raisons fiscales bien sûr, toute exportation.

Les chiffres pour Colmar sont les plus précis, car les livres de compte n'ont pas disparu. Le vignoble alsacien était donc bien le premier vignoble Européen en importance et en volume vu la qualité et la quantité de ses produits exportables, excepté peut-être Bordeaux ?

Les raisons de ce succés sont, aussi, en partie, techniques. Tous les vins restaient, à l'époque, en fût pendant 2 à 3 ans et étaient soumis à de nombreux soutirages annuels pour les clarifier

Seuls les produits de qualité ayant la structure permettant de supporter ces traitements de chocs pouvaient, par la suite, être exportés. Les autres devaient être bus sur place, où le vin restait une boisson de consommation courante et non un article de luxe pouvant atteindre un prix élevé.

Cette brillante période s'est brutalement terminée par la terrible Guerre de Trente ans (1618-1648) où 90 % de la population ont été exterminés, ou ont disparu à cause de la famine et des épidémies. Par exemple :

Riquewihr en 1610 compote 22445 habitants, en 1636 74 habitants
Bergheim en  1610 compte 2600 habitants, en 1650 20 habitants

De plus, le Rhin, jusqu'alors axe commercial et créateur de richesse, est devenu une frontière dangereuse entre deux états souvent en guerre. L'Alsace perdra brutalement ses meilleurs débouchés (sauf la Suisse), son importante économique, son dynamisme et sa richesse, d'autan t plus qu'elle était considérée comme une "provin ce réputée étrangère" par Versailles et n'a pas pu trouver de nouveaux débouchés en France.

Un autre changement, non moins important, intervint. Pour palier au manque d'habitants, des immigrants sont venus de Suisse et d'autres régions plus au sud, qui avaient été moins impliqués dans cette funeste guerre. Attirés par la richesse des sols, le bon climat et les maisons laissées à l'abandon mais non détruites (leur beauté actuelle le prouve), pleins de courage, ils ont retravaillé la vigne et repris la production de vin. Mais, ces "nouveaux Alsaciens" avaient quitté leurs régions d'origine: ouvriers, agriculteurs ou artisans, en général très pauvres, pleins de bonnes intentions, sans doute, mais sans connaissance viticole. Ils n'avaient plus aucune notion de l'importance  de la qualité que leurs prédécesseurs avaient acquis au cours des siècles ni au un contact commercial avec les anciens clients.


Les échanges commerciaux avec l'Europe du Nord, furent grandement perturbés sinon interrompus car les villes commerçantes de la Hanse avaient progressivement perdu leur influence.

Pour notre belle région et son vignoble ce fût la décadence lente, mais ininterrompue pendant trois siècles. Nous ne devons jamais oublier cette triste vérité.

Après la première Guerre Mondiale, en 1917, les Vins d'Alsace n'existaient plus. La situation du vignoble était dramatique car maladies et insectes, contre lesquels on ne savait pas se protéger, ont détruit les récoltes et même les vignes. Qui se  souvient encore que de 1901 à 1908 le rendement moyen oscillait autour de 6 hl/ha ?

C'était la misère noire. Les faux prophètes furent très nombreux et souvent suivis. Une réflexion pour la survie de notre vignoble s'imposait
. Heureusement, en viticulture, vu la pérennité de la vigne, tout changement est très lent. On a le temps de réfléchir et infléchir une politique qui s'avère fausse. C'est ce qui s'est passé ... heureusement !

Grâce à quelques hommes, possédant une vision d'avenir, une faculté de convaincre en donnant l'exemple et un courage que les générations actuelles devraient admirer. Il faut rendre, ici, hommage à M. Paul GRENIER, viticulteur de Mittelwihr et es amis. L'Alsace a effectué un changement radical vers la qualité, la vraie, celle qui commence dans la vigne.

 Nota : ce  document émane de la Maison HUGEL & Fils à Riquewihr (Haut-Rhin), viticulteurs de père en fils depuis 1639 lors d'une dégustation dans leur cave.
(cliquez ici)


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