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samedi

La tête du Bailli de Hagenbach au Musée Unterlinden de Colmar



Très curieuse de l'histoire de cette tête momifiée,  à la suite d'une visite guidée du Musée Unterlinden de Colmar, j'ai obtenu de la part de Monsieur Benoît Belcourte, Attaché de conservation au Musée , la notice de l'expo "Histoire de squelettes" qui s'est tenue à Strasbourg en 2005 où la tête du bailli de Hagenbach était montrée. Je l'en remercie vivement et ai le plaisir de  partager cette  notice  avec les lecteurs du blog :

"" La tête momifiée dite de Hagenbach est l'une des pièces momifiées les plus anciennes conservées dans les collections régionales. Elle figure dès 1796 (18 brumaire de l'an V) parmi les collections de l'Ecole Centrale du Haut)-Rhin de Colmar, installée dans les bâtiments de l'ancien Collège National. Pièce emblématique d'un "premier musée national", cette tête momifiée symbolisait aussi les idées de la Révolution française, par cette mise en valeur du sort réservé à Pierre de Hagenbach, bailli de Charles le Téméraire décapité à Brisach en 1474 pour avoir abusé de son autorité. Même si l'origine de cette tête est certainement toute différente, elle demeure le rare exemple d'un procédé d'embaumement pratiqué durant le Moyen Âge.
La tête attribuée à Pierre de Hagenbach, associée à deux mains droite et gauche en connexion avec les os de l'avant-bras, ont fait l'objet d'une mise en scène lors de leur entrée dans les collections de l'Ecole centrale. L'un des commissaires chargé de la sauvegarde et de la conservation des oeuvres, Jean-Jacques Karpff, un ancien élève de l'atelier du peintre David, fit réaliser un support en bois de hêtre teinté en noir et une vitrine en verre qui ont contribué à mettre cette pièce en valeur. Elle constitue rapidement l'élément central des collections de curiosités censées rassembler le patrimoine scientifique du Haut-Rhin. Elle figure à nouveau dans la collection d'anatomie humaine et comparée  rassemblée par Charles-Frédéric Faudel dès 1860, mais son attribution à  Pierre de Hagenbach est déjà considérée comme douteuse. En 1872, la pièce est exposée dans les vitrines de la galeie Est du Musée de Colmar, à côté des préparations anatomiques des docteurs Puthod, Renard et Belin.

Coupée à la base du cou, la tête appartient à un homme mature. Les cheveux roux coupés courts, il présente une calvitie partielle et une petite moustache. Une plaie dans le cuir chevelu apparait au niveau du pariétal gauche. La peau présente un couleur foncée due à la dessiccation et l'adjonction probable de produits de conservation. Les avant-bras en connexion avec les mains présentent le même état de conservation,  à l'exception des radius et ulna qui ont subi un décharnement actif. La présence de petites incisons sur les diaphyses évoque en effet l'enlèvement volontaire de la peau et des muscles à ce niveau. La tête momifiée de Colmar, aujourd'hui conservée au Musée d'Unterlinden, a intrigué bon nombre d'observateurs et c'est le curé Rossmann de Brisach qui a apporté les informations les plus précises au sujet de sa véritable origine. La tête aurait été prise en 1796 par les armées françaises dans la cathédrale de Fribourg et déposée à Colmar la même année. En l'absence de toute réclamation, elle serait restée à Colmar depuis cette date, alors que d'autres pièces exigées par les Français ont été restituées en 1801 lors du traité de Lunéville. D'après les informations transmises par Rossmann, la tête appartient à un chevalier de l'Ordre de Malte ou du couvent des Hospitaliers de St Jean. Elle aurait été transportée dans la cathédrale de la ville à la suite de la destruction des églises et du couvent des Hospitaliers lors de l'agrandissement des fortifications de Fribourg par LOUIS XIV, après le traité de Nimègue. La tête et les bras étaient attribués à un chevalier décédé lors des croisades, après avoir été fait prisonnier par les Turcs qui lui auraient coupé la tête et les mains. Ces restes auraient été rendus, par dérision,  aux Croisés, probablement lors d'un siège.

Quelques remarques s'imposent après l'examen de la tête et des avant-bras. Il apparaît très clairement que la tête a fait l'objet d'une préparation assez complexe , qui ne permet plus de vérifier si la tête a été décapitée. En effet, bien que la peau soit conservée à la hauteur des vertèbres cervicales, ces dernières ont été retirées, ainsi que l'ensemble des tissus musculaires adhérents à ces os. Le trou occipital apparaît bien nettoyé et la cavité cérébrale ne présente aucun  résidu issu de décomposition du cerveau ou de la dure-mère. L'enlèvement du cerveau semble évident et il est fort probable que les vertèbres cervicales ont été retirées afin de ménager un accès direct au trou occipital. L'éviscération mise en évidence rappelle bien qu'il s'agit ici d'une mesure conservatoire. Il en va de même pour les membres supérieurs  dont le décharnement actif apparaît évident au niveau des diaphyses des os de l'avant-bras, alors que les mains ont subi une simple dessiccation. La couleur de la peau signale probablement l'utilisation de produits de conservation, comme le laisser supposer un résidu de produit svisible sur les dents. Mais ces produits ont pu être  appliqués lors de la première présentation de la pièce à Fribourg, ou bien en 1796 à Colmar.       
Ces observations peuvent être mises en relation avec un mode de conservation des corps pratiqué dès le 10e siècle. Il consistait à découper le corps en morceaux, afin de faciliter son transport et sa conservation. Aussi, bien que des pratiques d'embaumement soient déjà effectuées dès le Moyen-Age, ce mode conservatoire plus expéditif est surtout lié à la volonté de déplacer un corps sur une longue distance. Il en est ainsi pour le corps de l'Archevêque Regnaud de Cologne, décédé en 1176. En France, cette pratiqué nommée "mos teutonicus", n'apparaît que durant le 13e siècle, alors qu'elle est courante dans l'empire dès le 12e siècle, avant d'être interdite à tous les Chrétiens par une bulle de Boniface VIII en 1299. C'est probablement le fait de bouillir le corps qui a le plus choqué les esprits, ainsi que le morcellement du cadavre, incompatible avec les croyances religieuses. Si les mentions de corps bouillis, comme par exemple pour le roi Louis IX, ne permettent pas de préciser si toutes les parties du corps sont concernées par ce procédé, il est possible d'envisager d'autres méthodes de décharnement, comme celle pratiquée pour la tête de Colmar. Il reste à valider cette hypothèse par une datation radiochronologique, mais les observations laissées par Rossmann sont compatibles avec les pratiques conservatoires connues à la fin du Moyen Âge ""
Eric BOËS

Intéressant, non ? La tête sortira des réserves et sera exposée lors de l'achèvement de l'extension du Musée ( en 2014 ?  )



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